Généralités

MOOC : la France peut-elle rattraper son retard ?

9 février 2016 • By

… et doit-elle seulement s’y attarder ?

MOOC : encore et toujours les mêmes interrogations…

Le 4 février 2016, strategie.gouv.fr publait une note d’analyse et un document de travail présentant les travaux de recherches réalisés par ses experts au sujet des MOOC français. Ces travaux proposent 4 axes de développement des MOOC :

  1. Diversifier le modèle économique de la plateforme FUN
  2. Développer la certification et la personnalisation de l’offre
  3. Miser sur l’innovation pédagogique par le numérique
  4. Assurer la promotion de l’enseignement supérieur français à l’étranger

Ceux qui lisent régulièrement le DLN savent non seulement que je suis avec intérêt l’actualité des MOOC mais que je n’y accorde par pour autant un crédit illimité : MOOC : comme un goût de lendemain de fête (Décembre 2013), Il est urgent pour les MOOC de trouver leurs modèles économiques (Janvier 2014), MOOC : Média, Produit quelconque ou réelle innovation pédagogique ? (Septembre 2014)…

C’est donc une nouvelle fois avec intérêt que j’ai accueilli cette publication, d’autant plus lorsqu’elle émane d’un institutionnel.

Pourquoi cette étude ?

Dans le communiqué de presse qui accompagne la publication, France Stratégie rappelle que « si l’offre française s’est beaucoup développée ces dernières années, sa diversification et son adaptation à de nouveaux usages reste un enjeu majeur dans un marché largement dominé par les États-Unis. »

Le constat va même plus loin : « La France accuse un retard conséquent dans le domaine. Sur les 4 000 cours en ligne disponibles au niveau mondial, moins de 300 sont d’origine française. Si le pays a engagé un rattrapage, en 2013, avec la création de la plateforme France Université numérique (FUN), celle-ci ne représente aujourd’hui que 3,4 % de l’offre globale. Concernant les utilisateurs, FUN comptait, fin 2015, plus de 500 000 inscrits dont 70 % en France, très loin des 5 millions d’inscrits d’edX (Etats-Unis) ou des 2,5 millions de FutureLearn (Royaume-Unis) dont près des deux tiers sont à l’étranger. »

France Stratégie identifie quatre axes stratégiques de travail pour diversifier l’offre française et l’adapter aux nouveaux usages :

Axe 1 : Diversifier le modèle économique de la plateforme FUN 

Actuellement, la plateforme FUN est basée sur un modèle non-lucratif, sans revenus, et dont le financement est assuré par la dotation de l’état et les cotisations des institutions membres

Pérenniser le soutien de l’État tout en développant les modes de monétisation des MOOC. Plusieurs pistes peuvent être envisagées pour s’ouvrir à des usages de monétisation : faire payer les certifications ; offrir un service de recrutement aux employeurs ou aux établissements universitaires ;  développer des services payants de tutorat ou d’évaluation dans le cadre des formations en ligne proposées ;  vendre les droits d’utilisation de la plateforme à des entreprises pour leurs propres besoins de formation interne ;  créer des abonnements payants pour l’accès aux contenus de certaines formations ; proposer aux établissements une assistance payante dans la conception des MOOC.

Miser sur le marché de la formation continue en proposant une offre adaptée aux besoins des entreprises et de proposer des modèles rémunérateurs pour les établissements.

Axe 2 : Développer la certification et la personnalisation de l’offre

Cet axe stratégique me laisse perplexe. N’oublions pas que MOOC se traduit par Massive Online Open Courses (Cours en ligne massif et ouvert). Ne perdons-nous pas le côté ouvert (et peut être même massif) avec les 2 dernières suggestions ? Comment peut-on vouloir développer les MOOC en les rendant plus personnalisés ? Si la solution pour développer les MOOC est justement de s’attaquer à leurs fondements, selon moi, cela revient à dire que le concept initial est bancal…
La diversification du modèle économique doit s’accompagner d’une diversification de l’offre elle-même afin de répondre aux besoins des différents publics.
Développer les modes d’enseignement alliant cours en ligne et en présentiel pouvant aboutir à une reconnaissance de crédits.
Créer une offre plus flexible et personnalisée pour remédier à la faiblesse des taux de complétion pour les cours en ligne.
Axe 3 : Miser sur l’innovation pédagogique par le numérique Passionné par l’adaptive learning, je ne peux que soutenir l’initiative. Le défi est tout de même de taille : expérimenter les usages du big data pour proposer de l’adaptive learning (entre autres) : cela suppose une complexité de création et donc des coûts supplémentaires… Rappel : FUN est une plateforme publique, à but non lucratif et essentiellement financée par une dotation de l’état et les cotisations des membres. Qui va assumer ce coût supplémentaire ?
Faire des MOOC des vecteurs d’innovations pédagogiques.
Expérimenter les usages du big data à visée d’amélioration pédagogique, sous garantie d’anonymat et de protection des données personnelles, peut ouvrir un champ d’amélioration des politiques éducatives, notamment un meilleur accompagnement des étudiants grâce aux learning analytics.
Axe 4 : Promouvoir l’enseignement supérieur français Si l’objectif est de promouvoir l’enseignement supérieur français, je doute qu’une plateforme européenne commune soit une solution. En revanche, cibler l’espace francophone est une excellente idée.
Cibler l’espace francophone puisqu’il existe un marché potentiel très important avec plus de 220 millions de francophones aujourd’hui à travers le monde, soit plus de 3 % de la population mondiale. La formulation d’une offre numérique ambitieuse de la France en direction de l’Afrique, dans le cadre d’une stratégie de développement de la francophonie, doit ainsi être une priorité.

Envisager une plateforme européenne commune. Pour être compétitif face aux plateformes américaines, il faudra s’appuyer sur l’offre des institutions européennes les plus reconnues.

Conclusion du rapport

« Au-delà du débat sur le potentiel de rupture (disruption) des MOOC sur les écosystèmes d’enseignement supérieur, le développement exponentiel de cette offre augure pour le moins de transformations dffiuses sur les pratiques d’enseignement et d’apprentissage, les stratégies de promotion et de recrutement des établissements ou encore l’expérience étudiante au sens large. Si l’offre française s’est beaucoup développée ces dernières années, sa diversification et son adaptation à de nouveaux usages restent un enjeu majeur »*

La conclusion du DLN

Cette publication de France Stratégie est intéressante à plusieurs titres, notamment pour la fiabilité des informations, mais aussi les axes de développement proposés… En 2013, on se posait déjà les questions du modèle économique des MOOC et visiblement aujourd’hui on n’a toujours pas trouvé de réponse…  Depuis plus longtemps encore, on jalouse le marché américain qui a su de son côté anticiper le phénomène mais aussi l’exploiter financièrement en développant des plateformes à but lucratif…

Plateformes MOOC

De mon côté je retiens 2 éléments :

  • nous voulons promouvoir l’enseignement supérieur français et c’est une excellente chose. Mais cela doit-il forcément passer par les MOOC ?
  • arrêtons de nous frotter le dos… avec l’investissement conssenti pour le développement de la plateforme FUN, quel constat devons-nous faire ? Ce projet est-il une réussite ?

Je ne mets absolument pas en cause la qualité du travail réalisé par les équipes de recherches mais plutôt l’orientation prise par la plateforme FUN et plus en amont sur les motivations de sa création car j’ai l’impression qu’il s’agissait surtout de copier les américains.Je l’espère surtout, car si c’était de faire la promotion de l’enseignement supérieur français, c’est loupé et si alors c’était de promouvoir l’innovation pédagogique Made in France… Si nous voulons innover, je pense en effet, comme c’est indiqué dans la note d’analyse qu’il faut miser sur l’innovation pédagogique par le numérique, non pas au travers des MOOC mais en mettant en avant la qualité de la recherche française sur des sujets tels que l’adaptive learning, la réalité augmentée…

To be continued…