Généralités, Outils et technologies

Que valent les technologies ?

22 octobre 2015 • By

Mercredi 21 octobre 2015, 16 h 29. Une DeLorean volante apparaît subitement sous une pluie battante, dans le ciel de Hill Valley, en Californie…

Quelle a été l’actu qui a trustée les charts journalistiques hier, 21 octobre 2015 ? Le conflit Syrien, les élections régionales en France, les grèves, la Ligue des Champions de Football… Nein, nein, nein ! Vous n’y êtes pas du tout ! Il s’agit bien sûr de l’arrivée du Doc et de Marty McFly avec leur DeLorean (Retour vers le Futur 2).

Retour vers le futur 2 - 21 octobre 2015

Promis, ce n’est pas une blague, c’est bien cette « actu » qui a été reprise par tous les médias, reléguant au second plan les véritables sujets chauds du moment. L’express, Europe 1, France Info, Le Monde, RTL… Tous, sans exception nous ont servi leurs articles du genre : « Les prédictions du film étaient-elles vraies ? », « Que diraient Marty et Doc s’ils débarquaient réellement aujourd’hui ? », « L’hoverboard est-il prêt d’exister ? » mais  le plus souvent  on a eu droit à : « les technologies imaginées dans le film existent-elles aujourd’hui ? »

Voitures et skateboards volants, baskets autolaçantes, hologramme, domotique, réalité augmentée… en 1989, il en fallait de l’imagination pour projeter un tel futur. Pourtant, jamais un film n’avait à l’époque et encore par la suite proposé une vision aussi juste du futur. On pourrait presque en vouloir aux co-scénaristes Bob Gale et Robert Zemeckis d’avoir « omis » de nous prédire Internet (bien que suggéré par l’utilisation de visioconférence) et le smartphone !

Mais arrêtons-nous là dans la comparaison du 2015 fantasmé à la sortie du film et celui bien réel d’aujourd’hui. Et concentrons-nous pour ce billet sur le sujet de l’innovation technologique et posons-nous la question suivante :

Que valent les technologies ?

Quels sont les indicateurs nous permettant de déterminer la valeur d’une technologie ? Qu’est ce qui fait que cette dernière perdure dans le temps, révolutionne nos quotidiens ou bien se révèle être un véritable échec ?

Reste à définir ce qu’est un échec… pour le CNRS« Les chiffres de vente ou d’utilisation sont un indicateur, mais il faut aussi tenir compte de l’histoire des innovations : quand elles sont provisoirement abandonnées puis resurgissent, sous une forme différente ou non, peut-on parler d’échec ? », questionne Norbert Hillaire.

« Je préfère l’idée d’essai, à transformer pour connaître le succès », complète Bernard Darras.

Car avoir raison trop tôt, c’est avoir tort : la maxime fleurit sur tous les forums d’entrepreneurs, à coup d’exemples édifiants, tel le Newton d’Apple, assistant personnel numérique lancé en 1993, retiré en 1998 sous les railleries, avant de réapparaître en 2007 en version très améliorée sous le nom culte de… iPhone.

Distinguons donc les innovations prématurées, résurgentes tel l’iPhone, résilientes telle la voiture électrique, de celles vouées à l’échec, comme le BiBop, les mini-disk ou les sous-vêtements jetables.

Peut-être que pour qualifier de succès une innovation technologique, il faut regarder du côté des chiffres de vente, ou bien des chiffres d’utilisation, et donc de la satisfaction d’un besoin, de la réponse à une demande pour le plus grand nombre. Mais ça ne suffit pas, encore faut-il que cette réponse apportée soit utilisée, et donc utilisable… Enfin, ne sous-estimons pas le marketing qui accompagne les lancements de produits. N’allons pas plus loin au risque de dépasser la volonté initiale de ce billet car s’il y a un dénominateur commun à tous les succès technologiques, c’est bien l’usage.

Après tout, que vaut une technologie si elle n’est pas utilisée ? Demandez à n’importe quel industriel, il vous dira qu’il a en tête des dizaines, et même des centaines d’exemples de projets qu’il a finalement laissé au placard, faute d’usage.

Pour conclure, la technologie c’est bien, mais sans se poser la question des usages, c’est un échec assuré. Et si l’on fait le rapprochement avec la thématique de ce blog (les apprentissages), cela me fait penser à une réflexion que je me fais souvent au sujet du numérique dans l’éducation et la formation :

Le gouvernement a fait du développement du numérique dans l’éducation une ambition forte pour la jeunesse : tablettes dans les salles de classes, établissements connectés, plateforme pédagogique… Idem au niveau de la formation professionnelle avec la plateforme FUN (France Université Numérique) ou encore les accès à OpenClassRoom pour les demandeurs d’emploi.

On nous rabâche sans cesse la volonté de la France d’être un leader de l’innovation technologique, la nécessité de faire entrer le numérique à l’école… Mais nous posons-nous la question des usages ? Réfléchissons plutôt à la valeur ajoutée que nous allons pouvoir créer avec ces technologies, comment nous allons en tirer le meilleur parti et les rendre transparentes. Devons-nous les imposer aux professeurs ou alors leur laisser le libre-choix d’usage ?

Concrètement, aujourd’hui avec l’école numérique, je suis surpris qu’on ne parle (quasiment) plus de pédagogie mais de technologies, d’outils, de moyens… Les technologies restent cependant des outils, dans ce cas au service de la pédagogie et des apprentissages, donc recentrons-nous et concentrons-nous sur la pédagogie et sachons tirer le meilleur parti des outils et technologies dont nous disposons aujourd’hui.